1887 - 1930

Naissance du surréalisme au café de flore

1887 - 1930

Naissance du surréalisme au café de flore

Saint-Germain-Des-Prés, mot magique… Unique quartier de Paris, où se côtoyèrent et s’entremêlèrent les divers courants de la création artistique et littéraire dans un univers de liberté.

Le Café de Flore fait son apparition au début de la IIIème République, sans doute en 1887. Il doit son nom à une sculpture de la petite divinité qui se dressait de l’autre côté du boulevard.

A la fin du XIXème siècle, Charles Maurras, installé au premier étage, y rédigea son livre « Sous le signe de Flore ».

Vers 1913, Apollinaire investit les lieux. Avec Salmon ils transforment le rez-de-chaussée en salle de rédaction : la revue « Les soirées de Paris » voit le jour. La guerre ne changera rien aux habitudes du grand poète, le Flore est son bureau, il y reçoit à heures fixes.

Ainsi un jour de printemps 1917, il présente Philippe Soupault à André Breton. Plus tard, en provoquant la rencontre entre ces deux jeunes poètes avec Aragon, Apollinaire jette ainsi les fondements du groupe dadaïste.

La même année, il invente le mot « surréalisme ». Quand Tristan Tzara arrive à Paris, ses amis dadaïstes lui font visiter le Flore car c’est là qu’Apollinaire avait vécu et était mort (en 1918). En 1922, la rédaction de la revue érudite « Le Divan » se rassemble régulièrement sur les banquettes du Flore. Malraux, lui, vient y prendre son Pernod glacé.

1930 - 1939

Le flore est en vogue

1930 - 1939

Le flore est en vogue

Intellectuels, peintres, éditeurs, cineastes s’y croisent et s’y « reconnaissent »

Dans les années 30, Pascal, le garçon-philosophe qu’Albert Camus surnommera Descartes, sert Trotzki ou Chou En Laï. C’est au tour des littérateurs d’accourir au Flore. Léon-Paul Fargue y passe une heure ou deux heures chaque jour, Raymond Queneau s’y entretient avec Michel Leiris. Georges Bataille, Roger Vitrac, Robert Desnos sont assis à une table voisine de celle de Thierry Maulnier que rejoint parfois Robert Brasillach. Inévitablement, les éditeurs y installent leurs postes d’observation : Bernard Grasset, Robert Denoël, Eugène et Charles Fasquelle. Des rescapés de Montparnasse y séjournent volontiers, comme Derain, les frères Giacometti, Zadkine ou encore Picasso en compagnie de Christian et Yvonne Zervos.

Le peintre Yves Tanguy y entraine Léo Mallet, qui écrit après la guerre « La nuit de Saint Germain des Prés ». C’est au tour des cinéastes d’adopter le Flore : Marcel Carné, Yves Allégret côtoient des acteurs tels que Serge Reggiani, Jean Vilar, Arthur Adamov. La « bande à Prévert » investit les lieux, occupant parfois les trois quarts de la salle. La « bande à Prévert », c’était en fait le « groupe Octobre » : Jacques Prévert, Pierre Prévert, Jean-Louis Barrault, Raymond Bussières, Roger Blin, Marcel Duhamel, Jean-Paul Le Chanois, Guy Decomble, Paul Frankeur, Yves Deniaud, Paul Grimault, Fabien Loris, Sylvia Bataille, Maurice Baquet, Max Morise et le petit Mouloudji…

1939 - 1945

L’occupation

1939 - 1945

L’occupation

« Au Flore, nous avons traversé l’Occupation comme un océan, les éclaboussures des évènements se cassaient sur le bordage »

Henri Pelletier (peintre)

En 1939, Paul Boubal rachète le Café de Flore. Le gros poêle installé au milieu de la salle est une invitation aux longues permanences et les écrivains ne se privent pas d’en profiter. Simone de Beauvoir sera d’ailleurs une des premières à l’adopter. Jean-Paul Sartre écrit : « Nous nous y installâmes complètement : de neuf heures du matin à midi, nous y travaillions, nous allions déjeuner, à deux heures nous y revenions et nous causions alors avec des amis que nous rencontrions jusqu’à huit heures. Après dîner, nous recevions les gens à qui nous avions donné rendez-vous. Cela peut vous sembler bizarre, mais nous étions au Flore chez nous ». Autre détail d’importance, sous l’occupation, on ne rencontrait pas d’allemands au Flore. Sartre invente la philosophie « existentialiste ». Il affirme « les chemins du Flore ont été quatre ans pour moi Les Chemins de la liberté… ».

A cette époque, le Flore ressemble plus à un club anglais qu’à un café, c’est par tables de 10 ou 12 que se réunissent ces copains de toujours ou de la veille, chacun peut alors s’improviser l’un des leurs à la seule condition de savoir se faire accepter discrètement ou brillamment. A cette époque Léon Paul Fargue et Maurice Sachs y viennent tous les jours. Simone Signoret écrit dans ses mémoires : « Je suis née un soir de mars 1941 sur une banquette du Café de Flore ». L’Occupation, au Flore, avait comme un air de liberté ; la « bande à Prévert » d’un côté, la « famille Sartre » de l’autre, ou encore le « groupe communiste » avec en tête Marguerite.

1945 - 1950

Paris, après guerre

1945 - 1950

Paris, après guerre

L’existentialisme s’incarne en une jeunesse ivre de liberté, Juliette Gréco, Boris Vian…

L’existentialisme est à la mode et Juliette Gréco impose son style longiforme. Boris Vian rédige « le manuel de Saint-Germain des Prés », joue de la trompette dans les caves, écrit des poèmes, il est de plein pied dans son époque et en est l’un des acteurs principaux. Saint-Germain-des-Prés est un lieu de rencontres et d’amitiés, un formidable laboratoire où chacun propose sa forme, sa couleur, son goût, sa vision de la liberté, car c’est bien de liberté dont il s’agit, avant toute chose. Arthur Koestler, Ernest Hemingway, Truman Capote, Lawrence Durrell sont des fidèles, ils sont tous membres du PCF, le Pouilly Club de France créé par Boubal, parti anecdotique portant le nom du fameux vin blanc servi au café. Le patron saluait à midi les amis surréalistes d’André Breton, et le soir Albert Camus ou les quatre hussards : Nimier, Déon, Kléber Haedens et Jacques Laurent, tandis qu’Albert Vidalie et Antoine Blondin engageaient de mémorables batailles d’œufs durs (ou frais) qui éclaboussaient tantôt les frères Prévert et leurs amis du groupe Octobre, parfois Artaud ou Vian.

Daniel Gélin et Danielle Delorme sont jeunes et beaux. C’est au Flore qu’ils abritent leur amour, Jacques Tati les a sûrement croisés, Sacha Guitry probablement enviés.

Années 60

Les années 60, la nouvelle vague !

Années 60

Les années 60, la nouvelle vague !

« A l’époque, on avait l’impression que tout le cinéma se réunissait là : les auteurs et leurs muses, les dialoguistes, les décorateurs, presque tous ceux qui participaient à la création » Daniel Gélin.

Le monde du cinéma s’empare des lieux : Christian Vadim, Jane Fonda, Jane Seberg, Roman Polanski, Marcel Carné. Brigitte Bardot, Alain Delon, Losey et Belmondo préféraient la terrasse, comme avant eux Simone Signoret, Yves Montand ou Gérard Philipe. Daniel Fillipachi fréquente assidûment le Flore qu’il a connu enfant lorsqu’il accompagnait son papa. Léo Ferré, quant à lui, n’y entre jamais sans Pépé, sa guenon, sur l’épaule. L’intelligentsia de l’époque, ceux déjà célèbres ou pas encore sont dans la salle : Alain Robbe-Grillet, Michel Butor, Sollers, Sagan, Roland Barthes, Nathalie Sarraute, Romain Gary…

La Mode aussi, ses créateurs – Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, Rochas, Gunnar Larsen, Givenchy, Lagerfeld, Paco Rabanne, Guy Laroche – comme ses « créatures » : les plus beaux, les plus célèbres mannequins du monde, que Thierry Le Luron et ses complices Jacques Chazot, Mourousi et Jean Marie Rivière viennent contempler en douce avec Régine, Castel ou les frères Botton.
Pêle-mêle, César, Tristan Tzara, Alberto Giacometti, Dali, Pierre Seghers, Pierre Brasseur, Alice Sapritch, Serge Reggiani, Jean Vilar et le psychanalyste Jacques Lacan prolongent la tradition du Café de Flore pendant les années soixante.

Années 80

Des années 80 à Aujourd’hui

Années 80

Des années 80 à Aujourd’hui

Saint-Germain des Prés est devenu le village de France le plus connu dans le monde !

Le Flore, Les Deux-Magots et Lipp en sont les chapelles.

En 1983, Mr Boubal rencontre Mr et Me Siljegovic, leur sensibilité respective s’accordent parfaitement quand au Flore, à son « aura », à son avenir, Mr Boubal trouve en eux les dignes successeurs de ce lieu déjà mythique.

On dit du Flore qu’il est un « mythe », « une institution », qu’il ne s’offre qu’à une clientèle d’initiés.
Les fantômes de ceux qui l’ont fréquenté, les visages – connus ou pas – de ceux qui le fréquentent en font un endroit chargé d’un riche passé mais bien ancré dans son présent. La clientèle est un subtil mélange d’artistes, d’écrivains, d’intellectuels, de journalistes, politiques, stylistes ou « grands patrons », mais aussi de fidèles anonymes. Au Flore on vient sans se donner rendez-vous et on rencontre les gens avec qui on aurait pu avoir rendez-vous. On y vient pour voir, pour se faire voir mais on tient à la discrétion. La clientèle française est celle d’hier et plus encore celle d’aujourd’hui. Serge Gainsbourg buvait invariablement un double pastis 51 qu’il avait baptisé un « 102 ». Gianni Agnelli y établit ses dîners familiaux parisiens. A l’heure de la Fiac, Francis Bacon s’attablait au Flore, il y arrivait en fin de matinée et n’y bougeait plus jusqu’en début de soirée.
Au Flore, les premières heures de la matinée appartiennent à quelques habitués dont le rituel ne craint pas les années, parmi eux : Jean-Loup Sieff, Alain Ayache qui se plaît à dire « Prendre son café au Flore rend un peu plus intelligent ». Puis, suit alors la ronde des rendez-vous journalistiques et politiques.
Au Flore, il n’est pas une journée qui se ressemble et pourtant elles se ressemblent toutes. Au premier étage, Juliette Gréco aime rêver, pour elle « Au Flore les gens sont un peu moins laids qu’ailleurs », non loin Elkabach lit son journal, Jean Drucker mène une conversation animée. C’est là que les auteurs aiment donner des interviews, les acteurs faire leur rendez-vous. Claire Chazal retrouve une amie et papote comme une collégienne, Catherine Deneuve aime le rez-de-chaussée et l’étage indifféremment, comme sa fille Chiara Mastroianni.

Fabrice Lucchini, léger comme une plume, promène sa folie sous les lustres Art-déco du Flore.
Souvent Bernard-Henri Lévy déjeune à la même table, celle à droite sous la pendule, c’est là que, plutôt s’asseyaient les membres du PCF, Arielle Dombasle, sa femme, le rejoint ou accompagne sa grand-mère pour un thé plus tard dans la journée quand Laurent Terzieff est déjà attablé. Sonia Rykiel et Nathalie, sa fille, ont leur table réservée tous les jours jusque 13h30, essayez un peu de vous y installer avant vous serez rapidement écarté par le garçon. Privilège partagé par Danielle Thompson et son mari, Albert Koski, pour leurs brunchs du week-end, ils reçoivent comme chez eux, la famille, les copains…
Chaque année, Lauren Bacall séjourne quelques mois à Paris, à Saint-Germain des Prés, et passe de longs moments au Flore, elle a cette présence unique de grande dame, sublime et discrète. Mais le Flore est avant tout un café littéraire où les auteurs d’hier et d’aujourd’hui se réunissent: Albert Cossery, François Nourrissier, Pierre Bourgeade, Jean d’Ormesson, Jorge Semprun, Tahar Ben Jelloun sont des fidèles. Peu après la sortie de « l’Alchimiste », Paulo Coelho se montre au Flore et y passe la majorité de ses après-midi parisiennes.
Autour d’un verre, Patrick Besson et Marc-Edouard Nabe aiment à polémiquer. Pascal Bruckner et Yves Simon s’entretiennent doucement tout en se saluant les uns et les autres.
Au Flore, le cinéma américain est aussi largement représenté : Sharon Stone aime y déguster du champagne, Robert de Niro passe de longues matinées à observer les passants, Francis Ford Coppola déclare sur une chaîne française que son rêve est de vivre à St-Germain des Prés pour pouvoir chaque matin prendre son petit déjeuner au Flore (sa fille Sofia est une fidèle). Johnny Depp n’a pas d’heures: tôt le matin, en plein après-midi, ou tard le soir. Au printemps Isabella Rosselini se prélasse en terrasse, Jack Nickolson, cigare en bouche, profite des premiers soleils… Al Pacino, Tim Burton, Matt Dillon, Harvey Keitel, Gary Oldman, Cher, Paul Auster s’y croisent.

Années 2000

Dans les coulisses d’un café culte

Années 2000

Dans les coulisses d’un café culte

Le Flore est le café le plus célèbre du monde. Grâce à Sophie Fontanel, sachez que commander, que dire et où vous assoir… et devenez un habitué !

Quatre façons d’appeler les gens qui vont au Flore : « Un habitué du Flore ». C’est la formule basique, celle qui vous classe d’emblée parmi les rares personnes qui ont le droit de réserver une table par téléphone. « Un pilier du Flore ». C’est la formule inélégante. Dieu est témoin que jamais un habitué du Flore ne dira ça.

« Il est souvent au Flore ». C’est la formule luxe. Ça veut dire que machin (Quentin Tarantino, par exemple) sait où sont les repères de luxe. Il ne joue pas au flipper au café Le Colibri. C’est pas un pauvre gars. « Quand il vient à Paris, il va au Flore ». C’est la formule spéciale pour les acteurs américains. Robert De Niro, maintenant légèrement out, même au Flore, quand il vient à Paris, il va au Flore. Ou alors ; s’il peut pas à cause des paparazzis, il se fait livrer des choses du Flore à l’hôtel.

Langue à utiliser au Flore pour commander un café. Si on veut être chic, on ne dit pas « un café », mais un « café pot ». Il arrive dans un petit pot avec la tasse vide et son petit plateau adorable. Pour commander un verre de vin. Si on veut être chic, on ne dit pas « un verre de blanc », mais un « Ladoucette », vin de la maison. Pour commander des frites. Si on veut être chic, on ne demande pas de frites (y’en a pas), mais un « paquet de chips ».

A quoi on reconnaît un habitué quand il entre. Il dit bonjour au monsieur imposant à l’entrée et file serrer la main de la dame à la caisse, qui est soit Marie-Hélène, soit Nadine, soit Irène, celle ultra pomponnée du soir. Quand il s’assoit. Il pose ses affaires, il les laisse sur la table, portable y compris, et il monte se laver les mains à l’étage, en confiance. Quand il petit-déjeune. Il a juste demandé des œufs à la coque, et ses mouillettes à lui arrivent grillées. Quand il dévore un truc. Il prend un welsh rarebit, même en été. C’est dans une cassolette, un toast nappé de bière et de cheddar, passé au four. Ça se mange inondé de Worcester sauce, on peut même (et on doit) s’en faire couler le long du menton.

Phrases hypersnobs à prononcer juste avant d’y aller « T’as une autre idée, à part le Flore ? » Comprendre : « Moi, j’ai décidé d’aller au Flore et c’est pas demain la veille qu’on me fera changer d’avis, mais je fais semblant d’être ouverte à tout, même si ce sera forcément moins bien que ma première idée. » « Flore direct, non ? » Comprendre : « Avec toi, je suis totalement à l’aise, je sais qu’on se comprend. » « Retrouvons-nous au Flore et, après, on verra ce qu’on fait… » Comprendre : « On verra déjà combien de gens on rencontre au Flore. » Remerciement : Sophie Fontanel, magazine Elle, déc. 2005

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